… Jojo

Sortir la tragédie de l’ombre des mémoires…

Avec peu de moyens, à Aragnouet, “Jojo” Bascou , accueillit des dizaines de réfugiés.

Je me souviens d’avoir quinze exilés à table et autant qui se reposaient dans les écuries tous les jours pendant plus de deux mois… Vous savez, on ne pouvait pas grand-chose pour ces malheureux, sinon partager nos repas !

Printemps 1938. Le village de Bielsa connaît le plus lourd épisode de son histoire : encerclés par les troupes franquistes, les républicains y organisent une poche de résistance. Des escadrilles de bombardiers noircirent le ciel de leurs traînées fumantes. Les morts se compteront par centaines dans les fossés. Le Guernica pyrénéen. 

Entre le 6 et le 14 avril pour la plupart, et durant le mois de juin pour les derniers, près de 6 000 civils, y compris des enfants, des vieillards et des blessés, originaires de Bielsa, de toute la vallée du Cinca et d’autres villages haut-aragonais, ont dû se réfugier en France. Ils ont laissé derrière eux une vie, un foyer, des parents partis à la guerre, parfois des morts. On parle de Barcelone, de Madrid, de la Retirada ou des aspects militaires, mais jamais de la dimension humaine de ces exilés qui ont franchi les Pyrénées aragonaises dans des conditions extrêmes et de ces villages anéantis par les bombardiers allemands et italiens.

Même les invalides partent à dos de mulet. La France représente le dernier espoir de survie pour ces civils désormais orphelins de patrie. L’on revoit encore ces figures fantomatiques écrasées par le poids des baluchons et des chagrins qui marchent en silence sur la neige dans la traversée du Port-Vieux. Le pire, “cette femme qui ne savait pas marcher sur la neige. Désespérée, pour sauver son mari blessé, elle a dévalé la pente, assise sur ses jupes. La neige glacée a coupé ses vêtements… Nous sommes descendus sur la traînée de sang qu’elle a laissée sur le chemin.” Des images gravées avec netteté. Comme pour les soldats qui battent en retraite à la mi-juin et voient comment les redoutables bombardiers heinkel allemands larguent des bombes incendiaires sur Bielsa et Parzán. “Tout avait brûlé, même les illusions.

Pour ces figures qui défilent, silencieuses, ballots sur le dos, sur le décor grandiose et enneigé de la frontière, à près de 2 400 mètres d’altitude, la vallée d’aure, solidaire, s’organisera. On accueille les réfugiés. On ouvre les portes de chez soi, on offre ce que l’on peut…

Jojo, avait 17 ans.



Leave a comment


Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.